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« L’information, qui autrefois était aussi rare que le caviar, est désormais surabondante et de consommation courante, autant que les pommes de terre¹. »

Chaque minute, 701 389 connections sont effectuées sur Facebook, 69 444 heures de vidéos visionnées sur Netflix, 150 millions d’emails envoyés sur les serveurs du monde entier, 1 389 courses Uber effectuées, 527 760 photos partagées sur Snapchat, 51 000 applications téléchargées de l’Apple Store, 203 596 $ d’achats effectués sur Amazon.com, plus de 120 nouveaux comptes créés sur LinkedIn, 347 222 tweets expédiés sur Twitter, 28 194 nouveaux posts partagés sur Instagram, 38 052 heures de musique écoutées sur Spotify, 2,4 millions de recherches effectuées sur Google, 2,78 millions de vidéos visualisées sur YouTube et 20,8 millions de messages envoyés sur WhatsApp².

Chaque jour, nous créons 2,500 trillions³ d’octets de données, cela équivaut à 10 millions de disques Blu-ray, qui, empilés les uns sur les autres atteindraient la hauteur de quatre tours Eiffel.

Selon l’International Data Corp., 4.4 zettaoctets (1 zettaoctet = 10 puissance 21 octets) de données numériques ont été créées en 2013. Et les prévisions font état d’un total de 44 zettabytes (ZB) d’ici 2020(4).

Cette énorme quantité d’informations qui pourraient donner le vertige au plus aguerri des alpinistes nous montre à quel point, si besoin est, nous vivons à l’ère de l’information pour ne pas dire de la surinformation.

Avec l’avènement des technologies de l’information dont l’usage généralisé de l’Internet, des supports mobiles, des réseaux sociaux ainsi que de l’hyper connectivité, l’infobésité est de nos jours un véritable fléau et touche autant les individus que les entreprises.

L’infobésité est traduit du néologisme anglais infobesity popularisé par l’essayiste David Shenk en 1996, en référence à la notion de Information Overload créée quelques décennies plus tôt par le futurologue Alvin Tofler. Ce dernier prédisait déjà à l’époque que la rapidité à laquelle les quantités d’informations augmentent et sont produites pourraient être sources d’importants problèmes dans le futur.

Ce phénomène désigne le surplus d’informations dont nous sommes quotidiennement submergés et qui aurait des conséquences négatives sur nous, tout comme l’excès de gras est nocif pour l’organisme humain. Elle est définie comme étant un « état résultant d’une information jugée trop abondante par rapport aux besoins ou aux capacités d’assimilation des utilisateurs(5) ». En d’autres termes, le phénomène se produit lorsque nous recevons un flot d’informations si important qu’il n’est possible pour notre cerveau de le traiter en un temps raisonnable.

Ce trop-plein d’informations crée une saturation cognitive et psychique qui peut engendrer chez l’individu du stress, de l’anxiété, un déficit d’attention et une baisse de la qualité de jugement et de la créativité. Citizen Relations, une agence mondiale de relations publiques, indiquait dans un rapport au début de l’année 2015 que près de deux tiers(6) des canadiens âgés entre 18 et 30 ans reconnaissaient être victimes du syndrome FOMO (Fear Of Missing Out), une sorte d’anxiété sociale caractérisée par la peur constante de passer à côté d’une publication, d’un événement important et renforcée par les réseaux sociaux.

Que ce soit au travail, à la maison ou lors d’activités extra-professionnelles, nous subissons quotidiennement des flots d’informations permanents et sans cesse croissants. Ne vous est-il jamais arrivé de faire défiler les choix de films du catalogue NetFlix, télécommande à la main et réaliser au bout de 10 minutes que vous n’avez toujours pas fait votre choix? Ou encore vous retrouver dans un rayon de supermarché et ne pas être certain d’avoir choisi le produit qui vous convient le mieux parmi une centaine de variétés de thé ou de céréales?

Selon David Levitin(7), le supermarché moyen en Amérique du Nord comptait environ 9000 produits uniques en 1976 et en compte aujourd’hui environ 40 000. Sachant qu’une personne satisfait 80 à 85% de ses besoins avec en moyenne 150 produits uniques, cela vient à dire qu’une personne qui fait ses courses de nos jours ignore environ 39 850 articles. Il est démontré aujourd’hui que le fait d’ignorer ces articles à un coût pour notre cerveau, car pour chaque article ignoré le cerveau doit prendre connaissance de l’information pour pouvoir décider de ne pas le prendre en considération. En d’autres termes, chaque élément ignoré utilise des ressources neurologiques et participe à la fatigue cérébrale.

Le cerveau ne fait pas non plus de différence entre les décisions importantes et celles moins importantes et utilise les mêmes ressources cognitives quelle que soit la décision. Chaque statut lu sur Facebook, chaque post sur Twitter, chaque texto, chaque courriel, chaque notification entre en compétition pour les mêmes ressources neurologiques avec des décisions plus importantes.

Einstein et plus récemment Steve Jobs, Marck Zuckerberg ou encore Obama ainsi que d’autres célébrités ont comme point commun d’avoir décidé de toujours s’habiller de la même manière en public. Beaucoup y voient une dose d’humilité, ce qui est sans doute vrai, mais la raison principale est toute autre et consiste à économiser les ressources cognitives en se concentrant sur les décisions importantes seulement. Obama confiait en 2012 : « Je ne porte que des costumes bleus ou gris, j’essaie de réduire au minimum le nombre de décisions à prendre. Je ne veux pas en prendre en rapport avec ce que je porte ou ce que je mange, parce que j’en ai trop à prendre par ailleurs. Vous devez mettre en place une routine, vous ne devez pas être distrait par des choses triviales pendant votre journée. » Mark Zuckerberg quant à lui déclarait en 2014 : « Je veux faire en sorte d’avoir le moins de décisions possible à prendre sur tout ce qui ne concerne pas la communauté Facebook. J’ai la chance d’être dans une position où chaque jour je me lève et je peux aider plus d’un milliard de personnes et j’aurais l’impression de ne pas bien faire mon travail si je dépensais mon énergie sur des choses superflues et frivoles ».

De nombreuses études montrent également que les employés perdent en moyenne 25% de leur temps à rechercher des informations. Il devient de plus en plus difficile de faire le tri dans cette immense masse d’informations pour y ressortir celle qui est importante voire stratégique.

Au niveau des entreprises, les conséquences constatées sont entre autres : les pertes de temps, d’argent, de productivité et d’efficacité ainsi que les baisses de la qualité du processus décisionnel et de la qualité de l’innovation.

Pour faire face à cette surcharge informationnelle, il est primordial de mettre en place des stratégies de gestion de l’information efficaces comme par exemple passer moins de temps à la recherche de ce qui est bon à savoir et se concentrer sur ce qu’il faut savoir tout en mettant l’accent sur la qualité de l’information plutôt que sur sa quantité. Un courriel court et concis est toujours plus efficace qu’un long texte.

Les courriels contribuent également de manière significative à l’infobésité, car ils constituent le moyen de communication principal dans les entreprises. Ils sont abondamment utilisés dans les prises de décisions, pour l’attribution de tâches, pour la confirmation des transactions etc. et nombreux sont les employés qui pâtissent d’une gestion des courriels inefficace.

Un employé recevait en 2015 en moyenne 122 courriels par jour et ce chiffre devrait augmenter à 126 d’ici 2019(8). D’où la nécessité d’améliorer la gestion des courriels en consacrant par exemple un ou deux créneau(s) horaire(s) spécifique(s) par jour pour consulter et répondre aux courriels. Le fait de désactiver les notifications de courriels entrants permet également de gagner en concentration et de ne pas tomber dans le piège du multitasking.

Car le multitasking n’est en réalité qu’une illusion. Selon Earl Miller, un professeur en neurosciences à l’institut de technologie du Massachussetts, nos cerveaux ne sont pas outillés pour le multitasking. Lorsque les gens pensent qu’ils font du multitasking, ils ne font en réalité que passer rapidement d’une tâche à une autre. Et pour chaque changement de tâche, il y a un coût cognitif qui provoque la fatigue décisionnelle et les pensées troubles. Paradoxalement, le multitasking nous rend manifestement moins efficace.

Prévoir des moments de déconnexion pour réduire le stress lié aux interminables interruptions et notifications que nous recevons quotidiennement et diminuer les risques de surcharge cognitive et émotionnelle permet également de lutter contre l’infobésité. En France, le rapport Mettling(9) rendu au Ministre du travail en septembre 2015 préconise l’instauration d’«un droit à la déconnexion professionnelle qui doit se généraliser par négociation d’entreprise » et qui doit être accompagné « d’un devoir de déconnexion ».

Nous l’avons vu, nous vivons une époque où plus de 90% des informations sont numériques et où il est de plus en plus question de big data dont les principales propriétés que sont le volume, la variété et la vélocité des données ne cessent de croitre. Dans ce contexte, la mise en place de stratégies de gestion de l’information, notamment pour les entreprises, devient essentielle pour faire face à ces « avalanches d’informations » et ne pas se laisser engloutir.

Oumar Watt
Gestionnaire GI/TI – Spécialiste en intelligence économique.

Sources

  1. David Shenk, Data Smog, Surviving the Information Glut, Harper Collins Publishers, 1998
  2. http://www.excelacom.com/resources/blog/2016-update-what-happens-in-one-internet-minute
  3. http://www.vcloudnews.com/wp-content/uploads/2015/04/big-data-infographic1.png
  4. http://www.vcloudnews.com/wp-content/uploads/2015/04/big-data-infographic1.png
  5. Le grand dictionnaire terminologique
  6. http://ca.citizenrelations.com/thework/citizens-fomo-report
  7. Daniel J. Levitin, The Organized Mind: Thinking Straight in the Age of Information Overload
  8. http://www.radicati.com/wp/wp-content/uploads/2015/02/Email-Statistics-Report-2015-2019-Executive- Summary.pdf
  9. http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_mettling_-transformation_numerique_vie_au_travail.pdf

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