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La rédaction d’Itmag.sn reçoit dans sa rubrique « L’invité du mois » M. Adiel AKPLOGAN, CEO d’AFRINIC. Joint au téléphone depuis l’Île Maurice où se trouve le siège du registre africain, M. AKPLOGAN a fait un tour d’horizon de la gestion d’internet en Afrique et dans le monde.
Nous vous livrons ici la première partie de cet entretien sous format audio et texte.
Itmag.sn : Bonjour Monsieur Akplogan. Tout d’abord, la rédaction d’itmag.sn vous remercie d’avoir accepté d’être le deuxième hôte de sa rubrique « l’invité du mois ». Pour entamer cet entretien, pouvez vous vous présentez à nos visiteurs, nous donner une idée de votre parcours ?

Adiel AKPLOGAN : Je suis le directeur général (CEO) d’AFRINIC que je gère depuis sa création en 2004, je suis ingénieur électrique de formation avec un MBA  qui m’a permis d’aller vers du management plus tard. J’ai géré les nouvelles technologies dans plusieurs sociétés africaines et en France avant d’être aujourd’hui à la tête d’AFRINIC

Pouvez-vous nous dire un peu ce qu’est AFRINIC, son historique et son rôle ?

Pour faire bref, AFRINIC est le résultat d’un principe de gestion des ressources Internet qui veut que chaque région géographique soit munie d’un registre. Avant AFRINIC, il y avait un registre pour l’Europe, un registre pour l’Amérique latine, un registre pour l’Amérique du nord, un registre pour l’Asie. L’Afrique était le seul continent dépourvu de registre formel. Ce qui faisait que les opérateurs africains étaient servis soit par le registre européen soit par le registre américain. En 1997, un certain nombre d’opérateurs se sont mis ensemble et ont exprimé le besoin d’avoir pour l’Afrique aussi un registre qui va pouvoir s’occuper de la gestion des ressources Internet en prenant en considération les réalités économiques et sociales du continent.

C’est de là qu’est parti l’idée de créer un registre pour l’Afrique. Cela a pris 5 ans pour trouver un consensus global auprès des opérateurs de pouvoir définir et trouver le pays pour abriter le siège des opérations etc. Disons que pendant 5 ans, la communauté en général a discuté de la faisabilité, des conditions (comme on aime bien le faire dans la région) pour que finalement autour de 2003 , le processus entre dans sa forme la plus formelle. Ce qui a abouti aujourd’hui au registre.

Quel est le rôle d’AFRINIC ? C’est le registre régional chargé de la gestion des adresses IP. Chaque équipement connecté sur Internet a un identifiant unique numérique qui lui permet de communiquer avec les autres équipements du réseau. Ces identifiants sont gérés de manière centralisée par ces registres régionaux qui sont chargés de les allouer aux opérateurs par bloc en fonction de leur besoin et de maintenir une base de données publique permettant de pouvoir retracer ces adresses, de savoir qui utilise quoi, et de s’assurer qu’ils n’y a pas de duplication au niveau des adresses utilisées.

Nous avons bien compris qu’AFRINIC est chargé de l’allocation des adresses IP en Afrique et à Madagascar, pouvez-vous nous expliquer comment est nommé le CEO d’AFRINIC et comment fait-on pour être membre du board d’AFRINIC ?

D’abord juste une précision, nous servons « l’Afrique et l’océan indien », pas seulement Madagascar. Nous couvrons ainsi la plupart des îles de l’océan indien.

Et quel est le modèle de gestion d’AFRINIC ? Premièrement : Ce modèle comme celui de tous les registres sans exception, est basée sur un principe participatif, une modèle associatif, où les opérateurs deviennent membres de l’association et participent en direct à la gestion du registre. Nous avons donc des membres de différentes catégories dans la plupart des pays africains qui utilisent les ressources dont nous avons la charge. En devenant membre, ils prennent une part active dans la gestion du registre. Deuxièmement, cette gestion est facilitée par l’approche ascendante de la définition des politiques et des règles de gestion d’AFRINIC. Ce qui veut dire que tous les opérateurs ont leur mot à dire dans la manière dont nous gérons spécifiquement ces ressources internet.

Comment est ce que le conseil d’administration est formé ? Ou par exemple comment le CEO est choisi ?

Le conseil d’administration est élu par les membres dans leur ensemble, et nous avons dés le départ d’AFRINIC choisi un mode très inclusif où chaque sous région africaine est représentée au sein de ce conseil. Ce qui veut dire que nous avons un représentant de l’Afrique du nord, un de l’Afrique de l’ouest, un de l’Afrique de l’Est, un de l’Afrique de l’ouest, un de l’Afrique centrale et un de l’Océan indien. Chacun de ces membres est élu avec un suppléant. Donc le CA représente globalement les six sous régions d’Afrique. Ils ne sont pas élus seulement par les membres de leurs régions mais par les membres d’AFRINIC globalement. Ce qui veut dire que quand on a une élection pour le représentant de l’Afrique de l’ouest, c’est toute la région qui vote pour élire cette personne. Ce qui fait que quand ils sont au board (le conseil d’administration) ils ne défendent pas forcément les intérêts de leur sous région mais ils défendent les intérêts de toute la région Afrique.

Le conseil d’administration embauche, bien évidement, un directeur général (CEO) qui siège au conseil d’administration (board), en tant que directeur général et c’est un siège qui n’est pas électif mais nominatif.

Pour en revenir au CEO, quel est son mandat, et la durée de ce mandat ?

Avant tout AFRINIC est une société, qui a un staff, qui a des opérations. Le CEO est le directeur général et a en charge de mener les opérations au jour le jour. En plus d’être un membre du Board au niveau stratégique, le CEO n’est rien qu’un directeur général. (NDLR : comprenez par là que la durée de son mandat dépend de conseil d’administration, donc indéterminée)

Après avoir mieux fait connaissance avec AFRINIC, venons en à ses activités. L’AFRINIC a en charge la migration des adresses IPV4 vers IPV6. Quel est le principal intérêt de cette migration ?

Le principal intérêt est juste le développement d’Internet. Je vais vous expliquer la base même de la migration. Les adresses ip sont des identifiants comme j’ai eu à le dire tout à l’heure. Au niveau d’IPV4, les adresses sont codées sur 32 bits, ce qui donne de manière théorique une possibilité d’avoir 4 milliards d’adresses ip, ce qui revient à adresser à peu prés 4 milliards d’équipements sur internet. Avec la croissance d’Internet, cette plage de numéros servant à l’adressage des machines sur Internet tant à s’épuiser, bientôt il n’y aura plus assez d’adresses ip pour identifier l’ensemble des machines présentes sur Internet. Anticipant cette exhaustion de la plage, l’IETF (Internet Engineering Task Force) qui définit les standards sur Internet a travaillé et défini un nouveau protocole qui est la version 6 du protocole qui permet d’adresser beaucoup plus d’équipements car la plage a été élargi. Cette nouvelle version intègre certaines leçons acquises du déploiement d’IPV4, c’est-à-dire des failles et des problèmes avec IPV4 ont été corrigés avec IPV6. Ce n’est pas un Internet nouveau mais juste un nouveau protocole que va utiliser internet. IPV6 vient juste permettre d’élargir la plage d’adressage dans internet. Pourquoi il faut migrer vers IPV6 ? La raison est toute simple. Si nous voulons continuer à soutenir la croissance d’Internet qui devient de plus en plus un élément clé tant économiquement que socialement, il va falloir penser aux milliards de personnes qui vont se connecter et qui vont avoir besoin d’identifiants. IPV6 permet de pouvoir assurer cette fonction, d’allouer des adresses à ces nouveaux arrivants. IPV6 pourrait aussi offrir d’autres services auxquels nous n’avons pas encore pensé.

Prenons l’exemple de mon cousin à qui j’ai acheté un Pentium3 d’occasion pour se connecter à Internet. Le protocole IPV6 sera-t-il compatible avec son ordinateur ? AFRINIC a-t-elle mené une étude pour avoir une idée des équipements qui seront compatibles IPV6, et du coût réel de cette migration ?

Non, Ce n’est pas notre mission de mener ce genre d’étude. Je pense qu’il y a beaucoup de spéculations autour du coût de la migration de l’ipV6, mais il faut savoir que ce ne sont pas les équipements qui sont compatibles mais plutôt les systèmes d’exploitations. Si vous avez un P3 sur lequel vous arrivez à faire tourner Windows Vista ou Windows XP, vous n’aurez pas de problème de compatibilité avec IPV6. Par contre si le matériel est trop vieux pour supporter ces systèmes d’exploitations, ça pose un autre problème de renouvellement d’équipements.

La plus part des systèmes d’exploitation développés s depuis 2002 sont compatibles IPV6, donc il n’y a pas de coût réel par rapport à la migration vers IPV6.

Au-delà des équipements, la réelle problématique se trouve au niveau de la formation et de l’information sur ce qu’est IPV6. Dans ce domaine, AFRINIC intervient beaucoup. Nous avons été les premiers parmi les registres à mettre en place un programme claire de formation et d’information sur IPV6. Nous avons pris ce challenges en 2005 alors que personne ne travaillait sur la dissémination d’informations sur IPV6 de façon formel. Nous avons fait ce choix car l’Afrique étant l’un des derniers continents du point de vue de l’utilisation d’Internet a intérêt à prendre les devants sur une technologie innovante, nouvelle, à ne pas attendre l’arrivée d’une situation de pénurie avec IPV4 comme c’est le cas dans plusieurs autres domaines. Nous nous sommes dit que le prochain milliard de personnes qui se connectera à Internet, une grande partie viendra d’Afrique. Et le potentiel de croissance d’Internet en général vient des pays en voie de développement et IPV6 est incontournable quand on parle de développement d’Internet. Donc nous avons mis beaucoup d’énergie et de ressources sur la formation, plus 40 formations dans prés de 30 pays. Nous mettons l’accent sur la sensibilisation des utilisateurs, des opérateurs qui sont des éléments critiques de cette transition, des régulateurs, des législateurs etc. Si cette sensibilisation est bien faite, il y aura tout naturellement une demande car  les utilisateurs vont de plus en plus s’enquérir de la compatibilité des équipements qu’ils achétent avec IPV6, ce qui poussera les constructeurs, les développeurs à mettre leurs équipements à niveau.

Quels sont, à cette étape de la migration, les pays que l’on pourrait considérer comme bons élèves ?

C’est une situation assez variable. Déjà nous ne définissons pas cette campagne comme un projet de transition tout simplement parce qu’il n’y a pas de date butoire à laquelle on dira par exemple à partir “du 1er janvier 2015 à telle date il n’y aura plus d’adresses IPV4”. En fait il y aura une cohabitation entre les deux versions du protocole pendant très longtemps. Ce qu’il faut, c’est qu’il faut être prét à faire cohabiter IPV4 et IPV6 sur les machines, à avoir en place des des mécanismes de transitions quand on a un réseau uniquement IPV4 ou IPV6,  de pouvoir permettre aux équipements IPV4 de communiquer avec les équipements ne comprenant qu’IPV6. Il y a des mécanismes en place pour faire ce genre d’interfaçage. Et ce sont entre autre ces techniques là que nous essayons de divulguer auprès des opérateurs. Il ne va pas y avoir une transition à une date précise, la transition sera plutôt graduelle.

En Afrique la situation comme je l’ai dis est disparate, je tiens à noter d’abord qu’en 2004 lorsque nous avons démarré la campagne IPV6, il y avait que 4 allocations IPV6 en Afrique, quatre opérateurs utilisant IPV6 sur le continent. Aujourd’hui nous en sommes à 64, ce qui veut dire que ça a commencé à prendre tout doucement. Et de plus en plus d’opérateurs commencent à y consacrer du temps. L’Afrique du Sud constitue aujourd’hui le pays qui a le plus d‘allocations en IPV6 pour l’instant, et cela suit la tendance de l’utilisation d’IPV4 dans ce pays. donc ce n’est pas quelque chose de nouveau. Mais elle est suivie de très près par le KENYA et l’ÉGYPTE qui au niveau d’IPV4 n’occupent pas forcément les mêmes rangs. Donc je dirai que les trois pays qui aujourd’hui sont entrain de faire beaucoup de choses sur l’IPV6 sont l’Afrique du Sud , le Kenya et l’Egypte.

Parmi ces adresses ipV6 allouées, avez-vous une idée du nombre visible sur Internet et de leurs utilisations finales ?

Alors, je vais parler en terme de pourcentage pour l’instant, sur le nombre réel, c’est énorme. Aujourd’hui, toutes les allocations que nous avons dans la région, a peu près 40% sont visibles sur internet. Il faut aussi faire une différence entre les adresses IPV6 visibles sur Internet et les opérateurs qui effectivement offrent des services, parce qu’il y en a qui annoncent ces préfixes au niveau du cœur de réseau alors qu’il n’y a pas derrière de services IPV6.

Il y a une étude plus poussée qui montre que l’Afrique aujourd’hui en terme de proportion est en tête de toutes les régions en terme de visibilité des adresses IPV6 sur Internet, soit 29% des réseaux compatibles IPV6 contre 21, 17 et 16% dans les autres régions. Donc en terme d’adresses IPV6 visibles sur Internet en Afrique, on parlera de milliards d’adresses vu que chaque allocation IPV6 constitue des milliards d’adresses. Là, on voit déjà la différence d’avec IPV4 qui ne comptait que 4 milliards d’adresses au total alors que chaque allocation  IPV6 compte plusieurs milliards d’adresses.

Fin de la première partie de l’entretien. La deuxième et dernière partie sera publiée le samedi 11 juillet 2009. Dans ce deuxième volet, M. AKPLOGAN s’exprimera sur les réserves d’adresses IPV4 du coté d’IANA , sur le mode de gestion de plus en plus contesté d’ICANN et sur la place qu’occupe, que pourrait ou que devrait occuper l’Afrique dans cette gestion mondiale d’Internet.

Propos recueillis par Amadou Makhtar FALL et Mountaga CISSE

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