telenovelas_senegal
telenovelas_senegal« Les deux visages d’Anna », « La belle-mère » sur la 2STV, « De tout mon cœur », « La fille du jardinier » diffusées par Walfadjiri, « Au cœur du péché » à la Rts, « Panoma », « Sous les Tropiques », « La beauté du Diable » sur la Rdv, les accros de télénovelas ont des crampes aux pouces à

force d’appuyer sur les boutons de la télécommande pour ne rien rater de ces séries et feuilletons qui sont au cœur de leurs distractions. N’ayant pas été dotés par Dame nature du don de d’ubiquité, ils se rabattent sur les rediffusions vers 14 heures. Entre deux épisodes, les clips et théâtres sont les bienvenus. Les documentaires, émissions éducatives, reportages ne présentent pas un grand intérêt à leur goût. Les chargés des programmes qui profitent de ces tranches pour mettre la publicité ont bien compris le topo !

« Aïssatou D. Fall, Walf : « je n’ai pas le temps… » « J’avais envie d’entrer dans la télé et de l’arracher des bras de ce minable d’ Ignasio », s’écrit une fillette de 11 ans, qui ne respire qu’à la fin du feuilleton du jour. Employées de maison, mamans, enfants, toute la petite famille à l’exception de papa (c’est censé être des films pour filles), est concentrée sur le petit écran. En robe de sortie, Anna, l’héroïne de la série « Les deux visages d’Anna », foulards autour de la bouche et des yeux, les pieds ligotés, se débat pour se soustraire de l’emprise du méchant Ignasio. « Il va la violer, je le déteste », s’écrie la bonne Coumba comme s’il s’agissait de sa sœur. Accros, les téléspectateurs, particulièrement les téléspectatrices le sont assurément de ces télénovélas qui alimentent leurs conversations sur le chemin de l’école, du marché ou aux bureaux. Ils passent presque tous sur la même tranche horaire, entre 19 et 20 heures. Quand la Rts diffuse « Marina » qui a remplacé « Au cœur du péché » ou « Préta », (le prénom de l’héroïne) Walfadjiri, passe « La fille du jardinier » et « De tout mon cœur » du lundi au samedi. Un peu plus tard dans la soirée, la Rdv diffuse entre 20 heures et 22 heures, « Sous les Tropiques (jeudi et vendredi) et « Panoma » (les mardi, mercredi et jeudi). Les derniers épisodes de « La belle-mère », qui s’est terminée sur cinq mariages Edeniens en début mai, ont été rediffusés au grand bonheur des téléspectatrices. Marième, coiffeuse, continue de les regarder sans savoir pourquoi. « Je les suis parce que cela me distraie et que j’en ai jamais assez de voir comment Maria, Esteban et ses enfants échappent aux pièges du répugnant Dimétrio… ». La majorité des interviewées ont une nette préférence pour « Les deux visages d’Anna », plus captivant, jugent-elles. Viennent ensuite « La fille du jardinier », « Sous les Tropiques », « De tout mon cœur », qui sont très regardées par les adolescentes. Bien qu’elle n’en rate jamais un, de ces films, Marième estime que ces télénovélas pervertissent la jeunesse Sénégalaise. « Ils ne parlent que d’amour et comme s’ils le faisaient exprès, les télés ne les mettent et les rediffusent qu’aux heures de prières de Timis et Tisbar, c’est-à-dire entre 19 heures et 20 heures, puis à partir de 14 heures ». Si ce ne sont pas les téléfilms, ce sont les théâtres et clips qui sont les plus regardés. « Tu vois ce jeune homme, il avait épousé une femme merveilleuse qu’il aimait à la folie, sa mère s’est débrouillée pour les séparer et a fait venir à la maison une peste. Elle s’en est mordue les doigts. Sur la scène qui va passer, tu vas voir son ex-femme lui présenter son futur époux qui vient de lui acheter une maison. C’est un excellent théâtre, je l’ai vu au moins cinq fois… » Tant que cela ! Quant aux clips, on a plus droit à des « sois belle et tais-toi » qui se trémoussent sans aucun sens du rythme, qu’à de la bonne veille musique. Les goûts et les couleurs changent d’époque et ne se discutent pas… Chargée des programmes à Walfadjiri, Mme Aïssatou Diop Fall a un calendrier trop chargé. « Je suis désolée, mais en ce moment, je suis trop occupée pour répondre aux sollicitations des confrères. Je ne suis pas disponible en ce moment, nous sommes en phase de restructuration et nous avons beaucoup de choses à voir à l’interne. Dans quelques jours peut-être… ». Lorsque la chaîne venait de démarrer, Canal Info passait des bons documentaires et reportages dont raffolaient certains. Il n’y en a presque plus. Chargée des programmes, Mme Anne Anta Labéré est brève : « nous sommes passés à l’option tout info, c’est tout ».

Les théâtres freinés par le Wolof

Moustapha Diop, directeur administratif adjoint de la 2STV commence par préciser que la télévision publique n’existe pas au Sénégal. « Même avec la Rts, nous partageons le marché du sponsoring. Tout le monde cherche des programmes pour rentabiliser, mais nous gardons à l’esprit que nous offrons un service d’utilité public. C’est pour cela que nous avons initié des émissions comme « A vous de juger » pour contribuer à faire connaître au citoyen ses droits, quand on est confronté à un problème judiciaire, comment s’y prendre, par où passer ? Nous avons aussi « Good-Morning » qui passe tous les jours : on y apprend comment s’habiller, se tenir en société… Il y a aussi épelle-moi, qui a été lancé récemment. Sur ces émissions, nous ne gagnons pas d’argent, mais nous apprenons aux téléspectateurs. Il y avait aussi Tektel une émission sur la médecine traditionnelle, il y a eu des débordements, nous a-t-on signalé, par rapport à la médecine et nous avons arrêté. Le service public reste notre priorité ». Toujours dans le cadre d’émissions éducatives, la 2STV va bientôt sortir « Talent Show » animé par des adolescents encadrés par des enseignants. « Nous ne pouvons pas nous permettre de mettre des clips et des théâtres à longueur de temps ». Cependant, concède Moustapha Diop, les télénovélas rapportent de l’argent. Et comment ! Il suffit de voir comment les téléspectateurs râlent à force de se voir couper l’appétit par la pub. Deux formules sont possibles : acheter à un grand prix et le faire sponsoriser pour amortir ou payer avec l’option d’un fournisseur qui vient avec sa pub. Il revient dans le second cas, à la chaîne acquéreuse de trouver une pub supplémentaire. Ce qui fait que « je ne peux pas dire combien nous gagnons mais il n’y a pas de perte pour les télénovelas qui concurrencent nos théâtres ». A cause du Wolof, ces derniers ne peuvent se regarder que par des Sénégalais. Tout le contraire, cite-t-il d’une série comme les « Bobodiouf, diffusés dans 10 pays africains. « Quand on met de petits moyens on n’a que de petites quantités de reproduction ». Alors que son aîné de 30 ans a toujours traîné des lacunes sur cette grille, la Sn2 offre des films et des documentaires que le spectateur n’a jamais eu le loisir de regarder sur la mère des télés. Alioune Fall chargé des programmes à la Rts qui souligne que la Sn2 est en phase test, estime que rien n’empêche de diffuser les émissions en question, dans les deux télés. « Les télénovelas, nous avons été les premiers à les mettre et en général, on en passe qu’une par semaine. Nous avons attendu de terminer « Au cœur du péché » pour entamer Marina. Ces séries ne durent pas longtemps, seulement 23 minutes, reprises le lendemain. C’est peut-être parce que toutes les autres télés en font que l’on a l’impression que cela fait beaucoup ».

Côté restructuration, une nouvelle grille apporterait du sang neuf, il faut juste laisser au nouveau directeur le temps de s’installer. La télé au Sénégal, souffre de moyens, analyse-t-il. « Kou la mak eup la sagar ( les veilles marmites vont les meilleures sauces), entre la Rts et les autres, dit Alioune Fall sans hésitation, « il n’y a pas photos. Je suis étonné quand les gens font des comparaisons, nous sommes une télé nationale, présente depuis trente ans, avec 500 agents… ».

Les documentaires coûtent les yeux de la tête

N’empêche, quand la concurrence est venue, le cocotier de la « mère » a été secouée ! D’autant qu’à la Rts, on est obligé d’obéir aux déshydratas du « Roi » les yeux fermés… « Pas du tout. Nous n’avons pas les mains liées, le employés travaillent librement sans contrainte. Trop de liberté tue la liberté. Tout le monde voit dans certaines émissions de télé privées, comment les questions sont orientées ». Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les Sénégalais sont avides de savoir, la preuve : les émissions les plus regardées sont Ndiagamar, Xam-Xam, Xew-Xewou Demb, Xeel Dou Doy. Aussi fofolle que soit l’animatrice, Patra Show a aussi ses fans. Des documentaires, reportages, magazines, il n’y en a jamais assez, selon Alioune Fall, mais la production-télé coûte cher. Le régisseur de la Rts, Moussa Faye, le confirme. Pour un documentaire à une centaine de kilomètres de Dakar, par exemple, il serait difficile de déterminer son coût. Si le tournage doit faire cinq jours, il faut compter 15.000 francs multipliés par cinq pour le chauffeur, le cadreur, le preneur de son, le réalisateur, le régisseur, 400.000 francs pour les ordres de mission, environ 50 litres de carburant, cinq cassettes IMX à 20.000 francs l’unité, 600.000 francs frais de régie (personnes ressource, intervenants, location d’accessoires, etc). Après ce travail, vient le montage qui peut faire dix jours. « Vous voyez, nos télés n’ont pas les moyens de faire des documentaires de qualités, qui passeraient sur Tv5 par exemple », conclue Moussa Faye. Les télénovelas, clips, théâtres, « c’est un créneau qui marche », dit sans hésiter Ismaïla Diagne, chargé des programmes à la Rdv ( Radio Dunya Vision). « Les téléspectatrices aiment cela ». Et ce que femmes veut…La chaîne de Bess Bass Diagne remet des films comme « La beauté du Diable » et le dessin animé, « Boubou et Frisquette » qui sont déjà passées à la Rts il y a une vingtaine d’années. « Il se trouve que nous sommes dans toutes les régions et des téléspectateurs qui ne les avaient pas regardés ou qui veulent les revoir, nous ont demandé de les mettre. Nous comptons en faire de même avec « Le tour du monde en 90 jours », « Tom Sawyer »… ce serait bien que les enfants voient cela ». Côté films, la Rdv bat les autres chaînes à plate couture. Leur secret : « nous recevons souvent des propositions de nouvelles séries par mail, on se réunit, on voit ce que l’on prend. En dehors des télénovelas, les séries de 21 heures sont très suivies. Le ventre mou de la Rdv, critique-t-on, est son journal télévisé, trop « institutionnel ». Réponse d’Ismaël Diagne : « nous n’attaquons pas, nous n’insultons pas, c’est notre ligne éditoriale ». Deux bonnes nouvelles les séries Prison-Break et Kyle reviennent bientôt.

[readon1 url=”http://www.las.sn”]Source : L’AS[/readon1]

Laisser un commentaire